Contexte de création

La montée de la privatisation de l’éducation est un constat partagé dans le monde entier et prouvé par de nombreuses recherches au cours des quinze dernières années. Elle touche particulièrement les pays du Sud et les niveaux du préprimaire et du secondaire.

Tout en reconnaissant la diversité des formes de privatisation et le brouillage des frontières public-privé, le développement de l’éducation lucrative et payante (marchandisation) contribue à l’accroissement des inégalités et de l’exclusion des systèmes éducatifs, et en même temps détourne les fonds plus que nécessaires des approches du secteur public qui pourraient atteindre les objectifs d’universalité, d’équité et de qualité, notamment fixés dans les Objectifs pour le Développement Durable (ODD).

Ainsi, il est nécessaire d’avoir un cadre largement accepté sur la base duquel le rôle de ces acteurs dans l’éducation puisse être évalué. Si le droit international des droits de l’Homme a ce potentiel, le cadre légal existant avait besoin d’être clarifié et consolidé afin de faciliter son utilisation comme outil efficace pour le développement de politiques éducatives de qualité.

C’est en réponse à ces besoins que, le 13 février 2019, les Principes d’Abidjan sur les obligations des États en matière de droits de l’Homme de fournir un enseignement public et de réglementer la participation du secteur privé dans l’éducation ont été adoptés en Côte d’Ivoire, à l’issue d’un processus de consultation et de rédaction participatif de trois ans.

Malgré la forte prégnance du sujet et la mobilisation à cet égard dans l’espace francophone, il demeure un manque important de documentation et d’analyse sur l’ampleur, l’impact, et les réponses politiques à la croissance des acteurs privés dans l’éducation dans les pays francophones, notamment en Afrique de l’Ouest.

Le manque de recherche dans les pays francophones provient notamment de l’absence d’un réseau international structuré de chercheurs et chercheuses francophones sur le sujet, ainsi que du manque de financements. Cela affecte non seulement la collecte d’information et l’analyse dans les pays francophones, en particulier en Afrique, mais limite également les échanges entre pairs et la visibilité du point de vue francophone dans les débats internationaux.

Aujourd’hui, alors que de nombreux pays africains préparent ou mettent en œuvre leurs plans sectoriels de l’éducation, avec l’appui des bailleurs internationaux (Partenariat mondial pour l’éducation, Banque mondiale, banques bilatérales de développement telles que l’AFD), il apparaît nécessaire de mieux comprendre la réalité de la croissance actuelle et potentielle des acteurs privés dans leurs systèmes éducatifs, et les choix de politique publique possibles. Il est aussi important que la société civile puisse prendre une position informée sur le sujet, afin de participer activement aux débats sur la base de faits établis.

Afin de répondre à ces enjeux, le Réseau de Recherche Francophone sur la Privatisation de l’Éducation (ReFPE) a été lancé à l’automne 2019. Son développement est notamment soutenu financièrement par le Ministère français des Affaires Étrangères.